Créer pour peindre le réel. Créer pour exposer au peuple les maux du monde, l’artiste doit servir à quelque chose.

 Il doit user de son pouvoir exceptionnel pour le bien de tous ceux qui ne peuvent pas s’exprimer comme lui. C’est dire que l’homme et les valeurs humanistes sont toujours la raison d’être d’un artiste.

L’art est la plus belle création de l’homme et il doit rester en sa faveur. Et depuis l’antiquité, cet art ne cesse de lui résoudre les questions les plus difficiles de la vie mais surtout celles liées directement à son existence dans le monde. Après l’inquiétude métaphysique et l’étonnement initial face à un cosmos énigmatique, les penseurs et les philosophes commencent à interroger cette vérité stéréotypée déjà reçue. Et donc, il n’y a pas une seule vérité. Le monde fourmille de vérités mais aucune n’est vraie. Tout est relatif et on doit procéder à démontrer cette relativité.

Au XVIe siècle, on assiste à une véritable renaissance de l’homme et on commence à interpeller cet être qui ne cesse de posséder le monde peu à peu grâce à ses découvertes intenses et à ses inventions surprenantes. Là encore, une vérité est à admettre c’est que l’homme est l’être le plus puissant et le plus intelligent sur ce globe terrestre. D’ailleurs l’art du siècle (peinture, architecture, littérature…) nous prouve son génie et nous rassure notre foi en cet être. En reprenant cette confiance en soi, l’homme reprend son statut d’être dominant tout en profitant de cette capacité unique ; la raison. Deux siècles plus tard, ce cogito et cette illumination d’esprit vont lui réaliser les valeurs humaines les plus inévitables : liberté, égalité et justice. Et encore faut-il le rappeler que c’est l’art dans ses différentes formes (écrivains, penseurs…) qui lui permet de mettre relativement fin au despotisme et à l’absolutisme du siècle précédent.

En tant qu’art, la littérature ne cesse de rayonner tout au long de ce parcours humaniste et atteint son apogée avec le siècle de Balzac. Elle nous peint vigoureusement cette société où l’individu représente à la fois le moyen et la fin de toute recherche ; peindre un réel pour le réaliser ou peindre le réel pour l’idéaliser ou encore peindre pour réaliser l’idéal, ces principes de morphe n’ont pas négligé le triomphe des formes romanesques et poétiques qui ont fait du siècle un siècle artistique par excellence.

La fin du siècle nous révèle cependant d’autres secrets avec les travaux de recherche qui ont montré que l’homme peut devenir un simple objet parmi d’autres car il existe d’autres vérités qui inquiètent plus. Par exemple les recherches de Sigmund Freud ont montré que l’inconscient qui semble une faculté secondaire de l’homme est en fait à l’origine de tous nos actes les plus conscients.

Les travaux de Foucault ont négligé cette faculté qui semble toujours la raison d’être de l’homme et qui est la raison et il parle même d’un « cogito blessé ».

Et les phénoménologues, pour qui le monde est déjà là, continuent à définir les essences de perception et de conscience à partir de ce dehors pour essayer de comprendre ce monde.

En effet, tout autour de l’homme, une conscience surgit, celle de ce dehors inquiétant et perturbant. Un dehors qui nous possède autant que nous le possédons. Une autre existence remplit l’espace et domine l’homme. Ce dernier ressent la lourdeur de ce dehors. Il regarde les choses et les choses ne lui rendent pas son regard. Pourquoi est-il cependant emporté par ce désir de posséder tout ce qui l’entoure ?

Dans les œuvres qu’il côtoie, il n’y a aucune trace de cette nouvelle inquiétude. Bien au contraire, le « colonel Chabert »lui lance un regard vide, dénué de toute vie. Il se demande donc si cette littérature qu’il a toujours aimée pouvait lui apporter des réponses à ses angoisses d’ « ici et de maintenant ».

Le silence et l’incommunicabilité règnent et raniment les sentiments de haine et de vengeance chez l’homme et lui coûtent la guerre la plus atroce de toute l’histoire.

Les choses et les objets remplissent le monde et l’homme se sent possédé et accablé par cette présence plastique. L’égo cède à l’absurde et la puissance se transforme en un recul ou même en un effacement partiel puis total. La matière est en pleine « extase »et le dehors mène la nouvelle enquête.

Ainsi la vérité du monde pourrait-elle se cacher dans cette existence plastique ?

Pourquoi, au-delà du temps, l’objet trouve-t-il son triomphe au XXe siècle ?

Quel avenir pour une littérature qui croit encore que le destin du monde s’identifie à l’ascension ou à la chute de quelques hommes ?

L’homme résiste t-il au charme matériel ou assiste t-il plutôt à sa propre mort ?

Pendant ce siècle, de nombreux écrivains commencent à croire que la littérature classique, en dépit de sa monarchie, ne peut rendre compte ou au moins refléter l’angoisse de l’homme moderne. Certains sombrent même dans un absurde des êtres et de leur langage qui atteint le tragique comme Samuel Beckett. Le théâtre d’avant-garde nous révèle un monde du déguisement et du simulacre voué au mal vu à la mort. Les existentialistes comme Sartre et Camus ont cherché à dépasser l’absurde et évoluer vers un humanisme positif car, pour eux, la vie humaine est sacrée et nul ne peut s’arroger la liberté d’y attenter.

Avec Francis Ponge, on assiste à la poésie des choses à travers un travail minutieux sur le langage où le poète tente d’exprimer le mystère de l’objet proposant la description des objets les plus quotidiens.

 La véritable nouveauté romanesque est marquée par Marcel Proust où il s’agit de remonter le temps à travers les souvenirs et où le passé ressuscite miraculeusement dans toute son intégrité grâce à la mémoire involontaire ; une phrase complexe qui suit les méandres de la pensée, un travail sur le langage mais une structure romanesque plus ou moins respectée.

Et enfin, vint le nouveau roman, une écriture qui se démarque de ses précédentes. Une nouvelle forme romanesque qui essaie d’exprimer ou de créer de nouvelles relations entre l’homme et le monde. Des écrivains qui sont décidés à inventer le roman, c’est-à-dire à inventer l’homme « hic et nunc ».

Dans cette écriture, l’objet, cette nouvelle référence épistémique, est le dénominateur commun entre tous les nouveaux romanciers.

Pour A.R.Grillet, le précurseur du nouveau roman, il s’agit d’une fascination par l’objet qui se transforme peu à peu en une obsession.

Pour Nathalie Sarraute, pionnière du nouveau roman, l’objet permet une compensation de l’autre qui devient inaccessible.

Ce dehors plastique est lourdement ressenti par les personnages de Claude Simon.

Mais il va permettre aux personnages de Michel Butor de restituer le monde.

Pour Naguib Mahfouz, une figure qui a marqué le renouvellement de la littérature arabe, cet objet va nous révéler le sous-entendu du réel et va nous dénuder une réalité et le vrai atteint parfois le pathétique. Et comme les œuvres de Robbe Grillet, les siennes représentent une source incontournable pour le septième art.

Qu’est-ce qui fait du nouveau roman le roman de l’objet si l’on considère déjà sa présence dans d’autres œuvres comme celles de Proust, de Ponge ou de Sartre ?

Pourquoi sa présence est également despotique dans le nouveau roman ?

Enfin, si on admet l’approche sociologique suivie par Lucien Goldmann, quel serait l’avenir de l’homme d’aujourd’hui face à cette présence plastique ?

6 réponses à “le Nouveau Roman, l’Homme nouveau…”

  1. Bertr@nd a dit :

    Excellent billet, sur la complexité narrative dans la prose orientale. Merci

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