Devant le petit trou qu’il vient de creuser sur cette terre, la sienne, il commence à songer aux étapes qui vont faire jaillir l’eau lointaine et profonde. Malgré les fortes pluies, la terre semble sèche, difficile et inacces-sible…elle est dure comme la vie et épuisante comme une femme…
Mais la volonté d’Hercule est toujours plus forte que tous les obstacles. Il est debout face à ce petit trou, grand et beau comme il l’a jamais été, aucune goutte de sueur n’apparaît sur son visage, mais une lumière étincelante brille dans ses yeux, celle de la victoire, de la gloire, celle d’un Homme…

Hercule, seul, dans un monologue :
Pourquoi le temps est il aussi lent quand il s’agit de réaliser un projet et il est aussi court quand le projet est réalisé et il ne reste qu’à se réjouir de sa propre réussite…
On dirait que le temps n’est jamais content de nos suc-cès et il ne se réjouit que de nos galères…si par exemple un jour, mon rêve sera une réalité, ce jour là, je n’aurai même pas le temps d’exprimer ma joie.
La voix : justement, ce sera juste ce moment là, ce sera votre retraite…ce jour là, commencera votre bonheur, mais…
Hercule : (rire), on dirait qu’il y a une voix qui se moque de moi en ce moment…
La voix : c’est votre destin qui vous rappelle la vérité…
Hercule : la vérité est que je suis fort et je demeure fort, je suis la vie, je suis l’Homme !
La voix : (un rire assourdissant et troublant)
Hahahaahahahahaa…
Hercule : qui me guette, j’entends des voix et des rires …et puis comme en parlant à lui-même :

Mais il n’ya aucune voix, j’imagine des voix, c’est la fatigue, c’est la paresse qui essaie de m’enchanter…
La voix : la vie est une vraie enchanteresse, elle nous aveugle sur notre destin qui est la m…

Hercule : maudit ce « m », si c’est celui de la mort !
La voix : maudites sont les âmes qui refusent leur des-tin et qui s’attachent à une vraie illusion, à des chi-mères !
Hercule : les destins sont les vraies chimères, rien n’est destiné, dans cette vie, tout dépend de notre volonté, nous les hommes…
La voix : et les dieux…
Hercule : il n’ya qu’un seul et c’est lui qui a semé la volonté et la force en l’homme qui est fait à sa propre sacrée image.
La voix : vous êtes des mortels ! Vous ne serez même pas de simples reflets des dieux, eux, ils sont forts, ils sont éternels !
Hercule : forts pour la vie et éternels dans la mémoire de nos proches ! Et même après la mort, rien ne se perd, tout se transforme.
La voix : imparfaits, vous restez sur terre et mortels, vous finissez poussière, une poussière écrasée par les vents et emportée par les pluies…réveillez-vous, vous êtes des hommes !

Scène3

Hercule :
Les spectres d’une longue absence défilent dans ma mémoire et essaient de me rappeler une vérité atroce, son image, avec son voile noir qui descend jusqu’aux pieds…
Pourquoi est-elle présente dans mon quotidien, elle s’impose avec tout son poids majestueux. De-puis cette voix, je n’arrive pas à respirer qu’en songeant à son image, une image qui me devient habituelle comme un temple romain qui est resté planté malgré toutes les guerres de l’histoire !
Je suis inquiet et c’est seulement elle qui en est responsable.
Je suis malheureux et elle en est l’origine.
J’ai peur et sa présence m’angoisse.
Je souffre silencieusement et elle continue à m’épuiser.

Elle m’étrangle vivant et je ne peux pas réagir.
J’avoue ma faiblesse et je renonce à mon statut d’homme ou je poursuis ma lutte et ce serait plutôt une fuite instantanée de la vie et de mon propre statut.

Je suis fatigué, je suis épuisé, je suis vraiment malade. Et ce n’est pas la vie qui m’a déserté, ni même la volonté qui ne m’a jamais manqué.
C’est sa silhouette embarrassante qui me do-mine de plus en plus, c’est son odeur oppressante et fade qui bloque mes narines.
Je la fuis de ma tête et elle me suit partout, comme mon ombre…
Une voix d’un destin aveugle et fatal, c’est elle, c’est elle…

Le Barrage de Mon Père, Jalila Hadjji, éditions Le Manuscrit 2008.

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