Ghada Karbala…toute femme…
13 août 2011
Gada Karbala
Une femme irakienne, elle a vécu les deux dernières guerres de Golf, elle a assisté à la chute de son propre pays.
Aujourd’hui, en me confiant quelques secrets, elle tremble toujours sous le bruit assourdissant des bombardements. Sa force m’a clouée bizarrement. Elle a perdu cinq enfants et leur père pendant la nuit de la chute de Bagdad et ses larmes qui glissent sans cesse ne font que renforcer sa force inouïe.
Elle me décrit ces scènes atroces avec amertume. Elle raconte que cette nuit là, elle se cachait au début des attaques dans une antichambre située dans la capitale et elle observait les soldats étrangers se glisser dans un musée pour voler tous les objets d’art tandis que d’autres contrôlaient la rue en tirant sur tous les gens qui passent. Son choc se lit encore sur son visage et elle exprime son indignation contre ce vol culturel et ce massacre terrible qui se déroulaient sous son regard.
Je profite de l’occasion pour lui demander ce qui s’est passé réellement cette nuit puisque son mari faisait partie de l’armée irakienne, pourrait-elle peut- être éclairer ma lanterne.
Elle se souvient des derniers mots graves de son mari en l’accompagnant avec ses enfants pour les laisser dans un endroit loin de la capitale. Il lui avait confié que les forces de l’armée de coalition avaient utilisé un produit chimique afin de dégénérer les corps des soldats sans qu’ils ne puissent aucune défense.
Tout à coup ses larmes douces se transforment en cris stridents et amers en pensant à ses enfants qu’elle envoyait à la recherche de leur père, vainement et sans retour.
Je garde une image sublime de cette femme, qui, malgré sa tragédie, soulevait ses mains vers le ciel en priant pour la paix et la liberté.
Son grand malheur et malgré les apparences provient de cette civilisation qui « tremble » et qui demande le secours en vain.
Cette femme m’a accueillie ce jour là, chez elle en m’offrant son propre lit pour dormir confortablement. Elle m’a préparé des plats divers selon le rituel ancestral généreux.
Tout au long de la nuit, elle n’a pas cessé de m’expliquer le long conflit entre les chiites et les sunnites et elle le décrivait comme absurde.
Une autodidacte qui me disait prête à combattre pour la survie de la civilisation, de la patrie, mais sans aucune haine envers les autres.
En évoquant la couleur noire de ses habits, elle me répondait : « je changerai de couleur quand je verrai pousser des fleurs à la place des armes, quand on récupère les objets volés et quand on rend justice aux femmes violées et aux prisonniers torturés…quand l’Irak appartient aux irakiens et quand je pourrai marcher la nuit sans trembler, enfin quand Bagdad s’habille en couleurs… ».
Gada me laisse sans voix, elle a perdu sa couronne, mais elle promet de la récupérer !
Quelle confiance et quel sacrifice passionnel au nom de la patrie, de la terre et de la liberté !
extrait de Silence des Déserts, jalila Hadjji, éditions le Manuscrit.
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